Le royaume de Christ n’est pas de ce monde

(A. T. Jones, The American Sentinel, 24 oct. 1895*, pdf)

C’est une vérité qu’a clairement exprimé Christ lorsqu’il se tenait devant Ponce Pilate pour répondre aux accusations des Juifs. Jean 18:36. Et pourtant, chose étrange, parmi les plus éminents et les plus influents de ceux qui se disent les serviteurs de Christ, nous en voyons beaucoup aujourd’hui qui s’engagent avec zèle dans des mouvements visant à faire Christ roi de ce monde.

Le langage du Sauveur à cette occasion n’était pas ambigu. Il ne laisse aucune place pour supposer, comme certains chrétiens aujourd’hui l’affirment, que le royaume de Christ n’est pas de ce monde seulement dans le sens que ses éléments ne sont pas mondains dans leur nature. Le Sauveur a dit : « Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs combattraient, afin que je ne fusse point livré aux Juifs. » Un royaume qui serait de ce monde, ou qui dominerait dans les affaires terrestres, et qui ne combattrait ni n’aurait recours à la force pour sauver son roi de la mort, serait effectivement une anomalie. De toute évidence, le royaume de Christ n’appartient pas à ce genre-là. Il n’est pas « de ce monde » dans tous les sens où cette expression peut trouver une application.

Christ refusa d’être fait roi par le peuple de Judée. Nous lisons : « Jésus donc, connaissant qu’ils allaient venir l’enlever, pour le faire roi, se retira encore seul sur une montagne. » Jean 6:15. Cela eut lieu directement après qu’il ait miraculeusement nourri la foule de pains et de poissons. En ce temps-là, comme aujourd’hui, les gens étaient tout à fait disposés à vivre sans travailler, et un roi qui pourvoirait à leurs besoins sans que ça leur coûte ni argent ni efforts était le genre de roi qu’ils voulaient pour dominer sur eux. Mais Christ refusa qu’on le place sur le trône d’une puissance terrestre. Ils avaient la possibilité de faire partie de son royaume, non pas en le faisant roi, mais en se faisant eux-mêmes sujets de son royaume de la grâce, en acceptant l’évangile qu’il prêchait.

À une autre occasion plus mémorable encore, Christ se vit offrir les royaumes de ce monde et déclina la proposition. Et cette proposition était l’une des trois tentations du diable que la parole nous a rapportées. Nous lisons : « Le diable le transporta encore sur une fort haute montagne, et lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire ; et lui dit : Je te donnerai toutes ces choses, si, te prosternant, tu m’adores. Alors Jésus lui dit : Arrière, Satan ; car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul. » Mt. 4:8-10.

Certains diront peut-être qu’une telle proposition n’était pas envisageable, venant ainsi du diable et nécessitant de lui rendre un acte si odieux d’adoration. Mais la vérité est que, quelles qu’auraient été les conditions, si Christ avait accepté cette proposition, c’aurait été de sa part reconnaître la suprématie de Satan. Accepter un don c’est accepter le droit qu’a le donneur de faire le don. Et accepter les royaumes du monde aujourd’hui – eux tous ou n’importe lequel d’entre eux – ce serait reconnaître la même chose ; car ils n’ont pas changé de propriétaire depuis le jour de la tentation de Christ. Le diable disait la vérité quand il déclarait que la puissance et la gloire des royaumes de cette terre lui avaient été données. Luc 4:6. En triomphant d’Adam en Éden il a assujetti Adam et toute sa race, et a pris possession du royaume d’Adam – la terre. Satan est ainsi devenu « le prince de ce monde ». Jean 12:31 ; 14:30 ; 16:11. Il est devenu prince, non pas de droit, mais par la fraude et l’usurpation, qui furent permises comme le résultat inévitable du péché d’Adam. Tout comme l’existence du péché, le règne de Satan est injuste, mais il est néanmoins une réalité. Chaque pécheur est un serviteur de Satan, et où que le péché règne, Satan règne aussi. Ces deux-là sont inséparables ; ils doivent subsister ou tomber ensemble. Et puisque le péché n’est pas encore arrivé à sa fin, mais règne encore partout, Satan continue également d’être « le prince de ce monde », ayant entre ses mains la puissance et la gloire des royaumes de la terre.

Ainsi donc, toute tentative de faire Christ roi de ce monde, que ce soit par l’épée ou par le scrutin, ou par quelque autre moyen par lequel on obtient et on exerce le pouvoir exécutif dans les affaires humaines, n’est en réalité rien d’autre qu’une tentative de faire prendre à Christ ce que le diable lui a offert sur la montagne de la tentation, avant ses souffrances et sa mort. En d’autres termes, ce n’est rien de moins qu’une tentative d’établir une entente amicale entre Christ et le diable, une alliance qui ne pourrait s’accomplir qu’en reconnaissant la supériorité de ce dernier. Le diable est sans doute tout aussi prêt aujourd’hui, dans ces conditions, à remettre les royaumes de ce monde entre les mains de Christ, qu’il l’était avant que Christ ait enduré l’agonie et l’opprobre de la croix. Mais on ne saurait imaginer une tentative plus futile.

Dans le royaume de Christ, le péché ne peut trouver aucune place ; c’est pourquoi, le seul royaume de Christ qui puisse exister sur la terre telle qu’elle se présente aujourd’hui, est le royaume de la grâce, dans lequel on ne peut entrer que par la foi. Satan et le péché peuvent (et doivent inévitablement) régner ensemble, mais jamais Christ et le péché.

Mais Christ prendra un jour possession des royaumes de cette terre et règnera sur la terre comme son Roi. C’est pour cette raison qu’il est venu sur la terre, qu’il a marché et prêché en Judée, qu’il a souffert à Gethsémané, et qu’il a baissé la tête sur la croix. Il les prendra, non par la volonté de Satan, mais contre sa volonté ; non pas comme un don de sa part, mais en vainqueur sur lui. « Or, le Fils de Dieu a paru pour détruire les œuvres du diable. » 1 Jean 3:8. Et nous lisons aussi qu’il a participé à la chair et au sang, « afin que par la mort il détruisît celui qui avait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire, le diable. » Hébr. 2:14. Dieu n’a pas pour dessein de remodeler ce qui est de ce monde, mais de le détruire, à savoir, la terre-même. Christ ne peut faire aucun compromis avec le péché, il ne peut régner avec le péché, même pour accomplir – comme certains voudraient le croire – sa destruction. Il détruira le péché, et tous ceux qui en sont infectés, en stricte conformité avec les dispositions de ce plan qu’il a manifesté sur la terre par son ministère, ses souffrances et sa mort, et qui n’est manifesté jusqu’à présent que dans l’œuvre du royaume de la grâce.

Par l’œuvre de la grâce il rassemblera d’entre les royaumes du monde, de toute nation, de toute langue et de tout peuple ceux qui voudront bien qu’il règne sur eux. « Cet évangile du royaume sera prêché par toute la terre, pour servir de témoignage à toutes les nations ; et alors viendra la fin. » Mt. 24:14.

Le jour où les royaumes de ce monde seront pris à leur maître actuel et placés entre les mains de Christ est un évènement historique et solennel clairement prophétisé dans l’Écriture. Ainsi, nous lisons dans l’Apocalypse : « Et le septième ange sonna de la trompette, et de grandes voix se firent entendre dans le ciel, qui disaient : Les royaumes de ce monde sont devenus les royaumes de notre Seigneur, et de son Christ, et il régnera aux siècles des siècles. » Apoc. 11:15.

Mais que fera Christ avec les royaumes de ce monde lorsqu’ils lui seront ainsi donnés ? Lisez la réponse dans le deuxième Psaume : « Je publierai le décret ; le Seigneur m’a dit : Tu es mon Fils ; aujourd’hui je t’ai engendré. Demande-moi, et je te donnerai les nations pour héritage, et pour possession les bouts de la terre. Tu les briseras avec un sceptre de fer, tu les mettras en pièces comme un vase de potier. » Ps. 2:7-9.

La même chose est déclarée dans le dix-neuvième chapitre de l’Apocalypse. L’attitude de Christ envers les royaumes de ce monde, et leur attitude envers lui, au moment où il en prend possession, sont ici décrites dans un langage qui ne peut porter à confusion. Nous lisons : « Puis je vis le ciel ouvert, et voici un cheval blanc ; et celui qui était monté dessus était appelé Fidèle et Véritable, et c’est avec justice qu’il juge et fait la guerre. . . . Et il sortait de sa bouche une épée tranchante, pour en frapper les nations ; car il les gouvernera avec un sceptre de fer, et il foulera la cuve du vin de la fureur et de la colère du Dieu Tout-puissant. » Apoc. 19:11-15.

Encore une fois, au verset 19, nous lisons : « Et je vis la bête [la papauté], et les rois de la terre, et leurs armées, rassemblés pour faire la guerre à celui qui était assis sur le cheval, et à son armée. » Aucune représentation ici d’un millénium temporel à venir. L’histoire contemporaine ne relate pas grand-chose d’autre que les agissements de la papauté, des « rois de la terre » et de « leurs armées ». Toutes les modes, la richesse, l’honneur et le pouvoir de ce monde se trouvent avec eux. Et l’œil prophétique ne les voyait pas convertis à Christ, mais rassemblés ensemble pour lui faire la guerre. Les deux derniers versets de ce chapitre décrivent leur destruction totale.

Une fois de plus, dans le deuxième chapitre de la prophétie de Daniel, la même chose nous est présentée. Dans son interprétation du rêve du roi Nébucadnetsar, le prophète prédisait l’ascension et la chute des grands empires universels qui succèderaient au royaume de Babylone, ainsi que la division de Rome, le dernier de ces empires, en plusieurs petits royaumes, tels que représentés par le fer et l’argile dans les pieds de la « grande statue », et il disait : « Au temps de ces rois, le Dieu des cieux suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit ; et ce royaume ne passera point à un autre peuple, mais il brisera et anéantira tous ces royaumes, et lui-même subsistera éternellement. » Dan. 2:44. Ce royaume se présentait dans le rêve comme une pierre qui fut détachée « sans le secours d’aucune main, et frappa la statue dans ses pieds, qui étaient de fer et d’argile, et les brisa » ; et « ils devinrent comme la balle de l’aire en été ; et le vent les emporta, et il ne s’en trouva plus aucune trace ; mais la pierre qui avait frappé la statue devint une grande montagne, et remplit toute la terre. » Versets 34, 35.

Voilà comment Dieu a l’intention d’établir Christ Roi de cette terre. C’est le dessein de l’évangile. Et toute tentative d’établir Christ Roi de ce monde par n’importe lequel de ces moyens par lesquels on obtient et on exerce le pouvoir sur la terre, n’est que pure folie. Le motif est peut-être louable, mais la tentative est parfaitement insensée.

Quand le royaume de Christ viendra, alors, comme il nous l’a enseigné, la volonté de Dieu sera faite sur la terre comme au ciel. Cela veut dire que la terre sera alors parfaite, sans péché ni pécheur. Mais ce sera la nouvelle terre ; car celle qui subsiste aujourd’hui est réservée « pour le feu, au jour du jugement et de la perdition des hommes impies. » 2 Pierre 3:7. C’est la prédication de l’évangile, et elle seule, qui peut hâter le royaume de Christ.

Publié le 20/04/2017, dans Articles, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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