Citoyens et étrangers

(E. J. Waggoner, The Present Truth [UK], 27 juillet 1893*, pdf)

« Seulement conduisez-vous d’une manière digne de l’Évangile de Christ. » Phi. 1:27. … Dans le passage devant nous, nous avons cette idée davantage mise en avant par l’autre traduction donnée dans la note de marge : « conduisez-vous comme des citoyens dignes. » Ainsi, l’apôtre Paul exhortait les Philippiens, et nous à travers eux, à se conduire comme des citoyens dignes.

De quel pays l’apôtre nous exhorte-t-il à être des citoyens dignes ? Il nous le fait lui-même savoir dans la même épître, où il dit : « Pour nous, nous sommes citoyens des cieux. » Phil. 3:20. … L’apôtre ne se préoccupait pas de parler aux chrétiens de leur devoir de voter ou de la manière dont ils se devaient de façonner le monde politique, comme tant de prédicateurs commencent à le faire. Il savait que si les disciples de Christ se comportaient comme il convient à des citoyens de la patrie céleste, ils s’acquitteraient de leur devoir envers les dirigeants de la terre.

Est-ce vrai que les véritables chrétiens ne sont pas citoyens de cette terre ? ou est-ce seulement de manière symbolique qu’ils sont déclarés citoyens des cieux ? Lisons-en davantage. « Bien-aimés, je vous exhorte, comme des étrangers et des voyageurs, à vous abstenir des convoitises charnelles qui font la guerre à l’âme. » 1 Pierre 2:11. Dans le sixième chapitre d’Hébreux, nous sommes exhortés à imiter ceux qui, par la foi et par la patience, héritent des promesses. Il y est fait en particulier mention d’Abraham, nous lirons donc à son sujet.

« Par la foi, Abraham, étant appelé, obéit, pour aller au pays qu’il devait recevoir en héritage, et partit, ne sachant où il allait. Par la foi, il demeura dans la terre qui lui avait été promise, comme dans une terre étrangère, habitant sous des tentes, avec Isaac et Jacob, les cohéritiers de la même promesse. Car il attendait la cité qui a des fondements, dont Dieu est l’architecte et le fondateur. . . . C’est pourquoi d’un seul homme, et qui était déjà comme mort, il est né une multitude aussi nombreuse que les étoiles du ciel, et que le sable qui est sur le rivage de la mer, qui ne peut se compter. Tous ceux-là sont morts dans la foi, n’ayant point reçu les promesses, mais les ayant vues de loin, crues, et embrassées, et ayant fait profession d’être étrangers et voyageurs sur la terre. Car ceux qui parlent ainsi montrent clairement qu’ils cherchent une patrie. Et certes, s’ils se fussent souvenus de celle d’où ils étaient sortis, ils auraient eu le temps d’y retourner ; mais maintenant ils en désirent une meilleure, c’est-à-dire une céleste ; c’est pourquoi Dieu n’a point honte d’être appelé leur Dieu ; car il leur a préparé une cité. » Hébr. 11:8-16.

Ceux qui sont sans Dieu en Christ sont déclarés comme étant « séparés de la république d’Israël, et étrangers par rapport aux alliances de la promesse. » Éph. 2:12. Mais ceux-là même qui sont chez eux sur la terre et étrangers à la patrie céleste sont rapprochés de Dieu en Christ, et on s’adresse alors à eux par ces paroles : « Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers, ni des gens du dehors, mais concitoyens des saints, et de la maison de Dieu. » Verset 19. Nous apprenons ici que ceux qui sont citoyens … des cieux appartiennent à la république d’Israël.

Mais Dieu n’est pas seulement le Roi du ciel, Il est le Père de Son peuple. Les souverains de la terre aiment à être considérés comme les pères de leurs sujets, mais Dieu est véritablement Père. Ses sujets sont Ses propres enfants, de telle sorte que la république d’Israël – ceux qui sont citoyens des cieux – constitue une seule famille. « C’est pour cela que je fléchis les genoux devant le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, de qui toute la famille, dans les cieux et sur la terre, tire son nom. » Éph. 3:14, 15. Ceux qui sont « concitoyens des saints » font partie « de la maison de Dieu ». Mais ils sont étrangers sur cette terre.

« Ne savez-vous pas que l’amitié du monde est inimitié contre Dieu ? Quiconque donc voudra être un ami du monde est l’ennemi de Dieu. » Jacq. 4:4. Comme nous l’avons vu, les fils de Dieu sont membres de la république des cieux. En tant que tels, ils ne peuvent qu’être étrangers sur la terre. « Voyez quel amour le Père nous a accordé, que nous soyons appelés enfants de Dieu ; c’est pourquoi le monde ne nous connaît point, parce qu’il ne l’a point connu. » 1 Jean 3:1. Christ a dit à Ses disciples : « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, mais que je vous ai choisis du milieu du monde, à cause de cela le monde vous hait. » Jean 15:18, 19.

Les chrétiens et les fonctions terrestres

Pour cette raison, il est évident que les disciples de Christ ne peuvent tout simplement pas courtiser les faveurs du monde dans la mesure nécessaire afin d’être choisis pour des postes d’honneur et de pouvoir dans les gouvernements du monde. L’exemple de Christ nous indique l’attitude à adopter. Lorsque deux de Ses disciples, avec leur mère, cherchèrent à s’assurer des postes pour eux-mêmes, et que les autres disciples étaient indignés parce que ces deux-là les avaient devancés, Christ leur dit à tous, et à nous aussi :

« Mais Jésus, les ayant appelés à lui, leur dit : Vous savez que les princes des Gentils les dominent, et que les grands usent d’autorité sur eux. Mais il n’en sera pas ainsi parmi vous ; au contraire, quiconque voudra être grand parmi vous, qu’il soit votre ministre. Et quiconque voudra être le premier entre vous, qu’il soit votre serviteur ; de même que le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour plusieurs. » Matt. 20:25-28.

La règle pour les chrétiens est donc celle de l’abnégation. Mais ce n’est pas ainsi que les hommes obtiennent des postes dans ce monde. Celui qui voudra être le plus grand dans le royaume des cieux doit se contenter d’être le plus petit sur la terre. Cela empêche clairement les chrétiens de rechercher une fonction ou du pouvoir sur la terre. L’apôtre Paul écrit : « Par amour fraternel, soyez pleins d’affection les uns pour les autres. Quant à l’honneur, préférez-vous les uns les autres. » Rom. 12:10. Et encore : « Ne faites rien par contestation, ni par vaine gloire ; mais que chacun de vous regarde les autres, par humilité, comme plus excellents que lui-même. » Phil. 2:3. Quel genre de progrès un homme ferait-il en politique s’il adhérait à ces injonctions ? L’homme politique, bien qu’il se dise chrétien, vous dira que de telles instructions ne sont pas adaptées à ce siècle. Mais les hommes de ce siècle ne diffèrent pas des hommes du première siècle. Et les injonctions de l’apôtre et de Christ étaient destinées aux chrétiens dans tous les âges.

Souvenez-vous que les disciples de Christ sont étrangers et voyageurs sur la terre. Ceux qui sont hors de Christ sont dits séparés et étrangers à la république d’Israël. Christ a dit : « Mon royaume n’est pas de ce monde. » Jean 18:36. Or, de la même manière que ce serait sérieusement déplacé si les hommes du monde se permettaient de diriger les affaires du royaume des cieux et de guider l’Église de Christ, c’est également déplacé quand ceux qui sont citoyens des cieux se permettent de diriger les affaires des gouvernements de la terre.

Lorsque les Israélites entrèrent au pays de Canaan, il leur était défendu de conclure des alliances avec les nations environnantes. La raison en était qu’ils étaient l’Église de Dieu, et l’Église ne peut entretenir aucune relation avec les nations de la terre. Même quand les Israélites étaient tombés si profondément dans l’apostasie qu’ils en étaient venus à désirer un roi pour pouvoir être comme les nations autour d’eux, la même interdiction subsistait, car bien qu’ils aient rejeté Dieu, Dieu, Lui, ne les avait pas rejetés. Et quand Christ vint Lui-même sur la terre, Il accomplit Ses œuvres seulement par la puissance de l’Esprit de Dieu ; Il ne demanda aucune faveur des puissances terrestres et ne se permit pas de participer à leur gouvernement. Il devrait suffire au disciple d’être comme son Seigneur.

Les apôtres partirent s’acquitter de leur mission qui consistait à prêcher l’Évangile à toute créature, mais ils ne demandèrent rien de la part des chefs terrestres, et ils ne recherchèrent pas des fonctions pour eux-mêmes ou pour leurs convertis. Les croyants étaient désignés par le nom d' »appelés », un sens qui s’est perdu avec la traduction moderne « église ». Ils devaient être un peuple séparé ; séparé, non à cause d’une certaine exclusivité ou hostilité, mais parce que, par leur profession de foi, ils étaient coupés de toute participation aux choses qui absorbent l’attention des personnes du monde. Ils devaient se trouver dans une position semblable à celle d’hommes dans un pays étranger. Il se peut qu’ils y aient leur domicile, qu’ils y fassent des affaires, mais ils sont néanmoins séparés. Bien qu’ils se mêlent du point de vue social à leurs voisins, ils ne participent pas à leurs affaires politiques.

L’influence chrétienne sur la politique

Et pourtant les apôtres et ceux qui suivirent leurs traces exercèrent une très forte influence sur les gouvernements du monde. Ce n’était pas, toutefois, en faisant de la politique qu’ils eurent une telle influence. C’était par la prédication de l’Évangile dans la puissance de l’Esprit. Et par le seul pouvoir de la prédication de l’Évangile une véritable révolution s’opéra dans l’Empire romain. Moins de trois cent ans après l’ascension de Christ, le gouvernement romain, qui représentait alors le monde entier, proclamait le principe de l’égalité et de la liberté religieuse pour tous les hommes. On n’avait jamais rien connu de tel. Les chrétiens et les païens étaient dès lors entièrement libres d’adopter la religion de leur choix. Il est vrai que cette liberté ne fut maintenue qu’un court instant, pour ainsi dire, mais ce fut suffisamment long pour montrer le pouvoir qui existe dans la simple prédication de l’Évangile.

Le christianisme a exercé une grande influence sur des hommes qui ne l’ont jamais reconnu. Partout où nous trouvons établis, dans quelque gouvernement, les principes de la liberté, c’est l’influence de l’Esprit de Christ qui en est responsable. Mais l’ingérence des ministres de l’Évangile n’a jamais profité à aucun gouvernement. Les chrétiens sont envoyés pour influencer le monde tout entier, mais ils ne peuvent le faire qu’en prêchant et en vivant l’Évangile. Quand ils s’imaginent accomplir cette fin d’une autre manière, ils sont voués à l’échec.

Le fait que les chrétiens soient, de droit, séparés des gouvernements terrestres, ne fait pas d’eux des anarchistes ou des personnes mal disposées à l’égard des gouvernements civils. Au contraire, ils sont tenus par leur profession chrétienne d’être sur la terre les personnes les plus respectueuses des lois. En tant que sujets du Prince de la paix, ils se doivent de toujours préserver la paix. Ils sont appelés à vivre en paix avec tous les hommes. Ils doivent aimer leurs prochains comme eux-mêmes, et par conséquent ils ne peuvent jamais faire de mal à personne. Ils doivent être « soumis à toute institution humaine, à cause du Seigneur. » Ils doivent même se soumettre aux lois injustes, tant que celles-ci ne les entrainent pas à transgresser la loi de Dieu. Et même lorsque les lois humaines leur demandent de désobéir à la loi de Dieu, les chrétiens ne doivent pas se rebeller, mais doivent obéir à Dieu et accepter humblement toutes les conséquences dont ils pourraient faire l’objet pour avoir ignoré la loi des hommes.

Certains se souviendront peut-être que l’apôtre Paul s’est souvent garanti d’un châtiment injuste en déclarant sa citoyenneté romaine. Mais cet acte-là ne contredit en rien les principes que nous venons de présenter. Il était romain de naissance, toutefois il ne participait pas aux affaires politiques de l’Empire romain et il n’essayait pas d’influencer la politique en faveur de l’Évangile. Mais les hommes ont dans ce monde certains droits qui leur sont accordés par leur Créateur. Et lorsque certains sont prêts à reconnaitre un appel à ces droits, les chrétiens peuvent en toute légitimité faire un tel appel. C’est simplement faire appel au sens de la justice dans l’homme. Seulement les nations sont égoïstes et ne prêteront généralement pas beaucoup d’attention aux droits d’hommes qui sont des étrangers. C’est pourquoi l’apôtre tira profit du fait qu’il était de naissance un citoyen de Rome, pour obtenir les droits qu’on aurait dû lui accorder en tant qu’homme. C’est ce que le citoyen chrétien, dans quelque pays que ce soit, peut également faire, mais jamais au point de compromettre l’Évangile ou d’admettre l’État dans un quelconque degré de relation avec l’Église de Jésus Christ.

Les principes que nous avons ici tirés des Écritures sont d’une portée considérable et d’une importance capitale. La soi-disant Église de Christ perd aujourd’hui son pouvoir dans le monde, simplement parce qu’elle flirte avec l’État dans l’espoir vain d’augmenter ce pouvoir. La véritable Église se gardera du moindre soupçon d’alliance avec le monde, et s’appuyant seulement sur le bras de son Bien-aimé, brillera « comme l’aurore, belle comme la lune, pure comme le soleil, et redoutable comme une armée sous ses bannières. »

Publié le 13/04/2017, dans Articles, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :